La côte sud de l’Angleterre 2 – Printemps 2013

Pikatchu

Ma dernière lubie en date c’était d’acheter un tandem. Bon c’est vrai que ça allait plutôt bien, sur nos vélos respectifs. Mais malgré l’endurance et le courage de Clare, y’a rien à faire: elle a des pattes plus courtes que les miennes, donc je passe pas mal de temps à vérifier qu’elle suit toujours. Et puis, j’ai toujours voulu un Tandem.
En plein hiver, j’en ai trouvé un d’occaze, la taille parfaite (bah oui: il faut la bonne taille de carde aussi bien à l’avant qu’à l’arrière !),  et plutôt bien équippé pour faire du tourisme: les propriétaires précédents l’ont emmené … en Amérique du Sud ! Mais problème: le tandem se trouve à Oyonnax, dans l’Ain, et il est assez cher. A force de négociations, le prix fut abaissé, puis avec un petit aller-retour Londres Genève, avec un vol Easyjet … le voici dans une boîte, dans la soute de l’avion, et en un clin d’œil, dans le salon de notre appart … mais sans roues: elles arriveront un mois plus tard, faites main par un artisan, s’il vous plaît.
Le nom ? Pikatchu. Pourquoi ? Parce qu’il est jaune et noir (quoique avec un espèce de “bronzage” orange bizarre), et aussi en honneur à mes parents qui nous ont aidé pour l’achat !

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Le plan du périple … minutieusement gardé par notre GPS !

Le début de la fin (du périple…)

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Prets à partir avec Pikatchu, à la gare de Twickenham.

Il ne nous restait donc plus qu’à l’essayer … pour de vrai ! Après avoir fait quelques ballades de 50-75 km à Londres, on a découvert qu’un tandem, ça avance très vite! Eh oui, la résistance au vent d’une personne, les frottement de seulement deux pneu, mais la puissance de deux cyclistes !
Bref, encore en plein milieu de l’hiver, on a décidé de réserver un train de nuit, pour le fin-fond des Cornouailles (la pointe sud-ouest de l’Angleterre) pour le premier long week-end du printemps, peu après notre retour d’Australie. On s’était dit qu’il ferait beau, d’ici là. L’hiver avait été si pourri …

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Dors Clare, dors … t’en auras besoin !

Avance-rapide jusqu’au 28 Mars 2013: le week-end de 4 jours … eh bah, le printemps n’est toujours pas arrivé. Et pas près d’arriver : il neigera même quelques jours plus tard. La météo des Cornouailles n’est pas favorable (elle l’est rarement). On avait prévu notre itinéraire pour avoir les vents dominants dans le dos … mais ce week-end, le vent a décidé de souffler dans le sens inverse … Ah bah chouette alors!

Et puis le “fun” du tandem, ça commence par le transporter. Evidemment, on n’a pas trop le droit de le mettre dans le train … enfin, d’après le règlement officiel. Mais les chefs de trains peuvent tolérer si le train est vide, s’ils sont de bonne humeur, et si vous leur paraissait plaisants … Nous, pour ne pas prendre de risques, on l’emballe dans une grosse boite à vélo. Incognito. Le pépère pèse ses bons 20kg dans sa boîte… quand même !

29 Mars 2013: la fin de la terre

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Vélo assemblé (une demi-heure de boulot), prêts à partir …

On se réveille à Penzance, ayant, ma foi, assez bien dormi dans nos “sièges inclinables. On est presque tout au bout des Cornouailles, complètement à l’ouest, comme on dirait ! Une demi-heure de déballage et d’assemblage de tandem … et c’est parti. Il ne pleut pas (encore), mais il vente, et il fait sacrément froid. On commence en roulant encore un peu plus à l’Ouest pour atteindre la pointe la plus à l’ouest de toute l’Angleterre. Le vent dans le dos: ça nous échauffe, tout va bien.

Mais ce n’est qu’une fois arrivés à “Lands End”, que la véritable épreuve commence: on a le vent de face. Le long de la plage, on avance à 12km/h tellement le vent nous freine, et à défaut, les bourrasques de vent latéral rend le tandem difficile à contrôler par moments !!! Il y a du crachin de temps à autres.
La journée est longue, longue, longue. On le savait: les Cornouailles, c’est vallonné. Mais on n’avait pas trop pris ça en compte. On s’était basés, pour la vitesse moyenne, sur nos estimations faites dans les alentours de Londres (où tout est plat), et ici, on ne fait que monter, et descendre. En descente, il faut freiner fort, et en montée … le tandem n’avance vraiment pas.
A Londres on faisait du 25Km/h. Ici, c’est du 13-17km/h … au mieux. Eh bah, mine de rien, ça rajoute … 4 heures de route, sans compter les pauses supplémentaires ! Et puis c’est là que l’inconvénient du tandem se révèle: c’est bien pire que d’être sur des vélos individuels en montée. Je crois que sur tout le week-end – sans jamais se trouver à plus de 200m au niveau de la mer – en accumulant toutes les côtes, on aura probablement fait l’équivalent de l’ascension du Mont Blanc !

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Le profil des cotes (cliquer pour agrandir). Quand je vous disais que c’était tout sauf du plat … En fait: c’était jamais plat !

Le soleil se couche, on a beaucoup roulés, on est nazes, mais on est toujours loin de notre camping, et on n’avance pas du tout. Y’a même des fois où on doit pousser le tandem à pieds, tellement les côtes sont ardues ! On allume les lampes, on continue à pédaler dans le noir, il se met à pleuvoir un peu, on sort les vestes imperméables … On en ch*e grave. Je pense que c’est l’un des trucs les plus durs que j’ai jamais fait de ma vie, sérieusement. Il n’y avait pas un moment où je ne songeais à m’arrêter; je me demandais si ça allait vraiment s’arrêter. Mais voilà, ilf aut avancer: on a déjà réserve (et pré-payé) un camping, alors je pense à la douche chaude, un bon dîner dans un pub: tout cela se rapproche ,à chaque tour de manivelle … Et on finit par atteindre le village près du camping.
Mais voilà, comme si le destin s’acharnait: le seul passage obligé pour traverser le village, c’est une petite route sur le sommet d’une digue – et il y a une tempête monumentale: il y a une lame qui balaye la route toutes les 5 secondes. Il y a en permanence au moins 10cm d’eau sur la route, et beaucoup plus quand les vagues arrivent. À la lueur des deux lampadaires du patelin, c’est absolument effroyable.
Passer ? Rebrousser Chemin ? Que faire ?
Super-GPS vient à notre rescousse: il y a un petit chemin qui contourne dans l’arrière pays. Mais voilà, il faut remonter en haut de la falaise; il fait nuit noire, le chemin est super boueux, on pousse le tandem dans la gadoue: c’est infernal, ça n’en finira donc jamais ? On se retrouve au beau milieu d’un champ, on n’y voit plus rien, on ne sait plus trop où l’on est, et la barrière champêtre ne s’ouvre pas: elle est cadenassée …
C’est trop. Tant pis pour le camping – qui n’est qu’à 5 km – tant pis pour le dîner … Ça fait plus de deux heures qu’on roule de nuit, on est à bout de forces. On va planter la tente sur le champ (tant pis s’il est en pente). Ouf: un peu de repos.
Bilan de la journée : 150 km, et probablement 1100m de dénivelé positif. On est épuisés. Et on n’a encore rien vu…

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On a eu des tickets dans le seul train-couchette du Rauyaume pour une dizaine d’Euros. Champion ! le prix à payer, c’est qu’on a pas pu choisir un week-end avec une météo favorable !

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Et nous voici, avec Pikatchu, à Lands Ends: “le bout de la terre” !

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Alors qu’il faisait encore très froid à Londres, le climat plus doux des Cornouailles a provoqué une explosion massive des champs de jonquilles !

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Gros, gors gros coup de barre du pilote, battu par le vent, aux environs des 100km

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Quelques ferry jalonnaient le passage: une occasion d’engouffrer quelques barres Snickers (notre aliment princpial)

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Quand y’en a marre, y’en a marre. on a décidé de camper au milieu d’un champ.

30 Mars 2013

Après avoir passé une nuit en pente, à s’accrocher pour ne pas glisser vers le fond de la tente, je me réveille avec un superbe lever de soleil: les nuages sont partis, la mer s’est calmée, tout est paisible … et je me rends compte qu’on était en train de partir dans la mauvaise direction la veille : on a été bien avisés de planter la tente là où on l’a fait.
Mais il n’y a pas trop le temps de traîner, on repart vite … un peu rouillés. On repasse par la crique de la veille. Les vagues passent toujours sur ladite route, mais c’est désormais négociable. On aperçoit, sur la route, une masse grise échouée. Un dauphin ? Ou un très gros poisson ? C’est vous dire l’intensité de la tempête. On a faim aussi: un méga-déjeuner sur le port – au soleil – s’impose. Quel bonheur!

Et puis c’est reparti pour 140 km de route, et à peu près 1.500m de dénivelé positif. Mais il y a une différence: ce soir on a réservé … une auberge de jeunesse! Et même si, comme la veille, on finit dans la nuit noire, après avoir roulé sans relâche toute la journée … Cette fois-ci on y arrive: ahhh, une douche, une pizza énorme, du chauffage … que demander de mieux ?

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Après une nuit de tempête, un magnifique lever de soleil. La nature nous sourit.

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Après l’effort, la nuit dans une tente, et pas de douche, le réconfort : un petit-dèj de barbares !

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Pikatchu, il n’attend que ça: pouvoir repartir !

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La vue depuis le siège arrière, encore des côtes …

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Encore du beau temps ! Et toujours de collines !

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Les cornouailles, ses vallées et collines … le bonheur des cyclistes, quoi.

31 Mars 2013

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Une nuit … sous un toit, un toi en dur !!!

C’est à partir de ce jour là que je commence à avoir très mal au genou. Le tandem est lourd, très chargé, et on ne maîtrise pas encore très bien le pédalage en danseuse (en effet, il faut être bien synchronisés !) qui aurait pu alléger un peu la charge en montée… Donc, quand ça monte de trop, plus moyen de mouliner doucement, il faut pousser plus fort sur les pédales, même sur le plus petit rapport. Et pousser fort sur 150km … ça éclate les genoux. Au moins, il commence à faire beau, et – des fois je me demande pourquoi, comment – le moral tient toujours bon. Il y a de la fatigue, mais on avance patiemment, inexorablement. Et puis il y a les bonnes surprises: un voyage en ferry à travers la baie de l’Exmouth nous coupe un bon raccourci! Mais au final, il nous arrive souvent de rouler sur les grosses nationales: c’est pas agréable à cause du trafic, mais au moins c’est un tantinet moins vallonné. Les paysages sont superbes, c’est de la belle campagne … si seulement il pouvait y avoir un peu moins de ces pu***n de collines ! Ça ne fait que monter / descendre !

On a bien avancé pour aujourd’hui, même que la nuit n’est pas encore tombée! On en profite pour s’arrêter à un pub pour manger un immense hamburger, Les familels nous regardent débarquer avec tous nos panniers, un peu ahuris. Puis on trouve un camping pas loin… qu’on atteint même avant qu’il fasse nuit noire ! miracle ! Ouais, c’est donc encore une nuit en tente, mais au moins il y a une douche chaude !

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Clare (en charge de la navigation) nous a emmené dans de bien jolis endroits !

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J’avais même pu mettre mon cycliste court … juste pour quelques heures !

1 Mai 2013

Notre train part en début d’après-midi, donc il ne faut pas tarder. Comme on ne trouve personne à qui payer notre camping (la réception était fermée la veille), bah … on s’arrache !
On a aussi une journée un peu plus cool, avec “seulement” 60km, mais j’ai vraiment mal au genoux. Et ces collines de me**e nous colleront décidément jusqu’à la fin. Enfin voilà, on atteint la péninsule distincte de Weymouth, on tente un petit baroud d’honneur jusqu’à la pointe, mais j’ai peur que ça pousse Clare à demander le divorce, donc on retourne vite-fait à Weymouth, trouver un carton pour y glisser le tandem, et se caler dans un pub pour un bon gros déjeuner+bière ! Alalah … On l’a fait ! J’en reviens pas. Clare est même trop crevée pour arriver à se réjouir. On monte dans le train, le contrôleur ne nous embête même pas …Et on roupille tout du long.

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ON EST ARRIVÉS !!!!

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…et je suis (presque) mort !

Bilan, et Leçons Retenues

Bon, j’ai encore découvert que Clare est une téméraire. Le premier jour était l’un des trucs les plus durs de ma vie. Et avec mon genou foireux, Clare a dû pédaler très dur pour faire monter le tandem au sommet des côtes. Et elle ne s’est jamais vraiment trop plainte, elle a continué à pédaler, jusqu’au bout. J’ai vraiment senti qu’on était comme une vraie équipe dans cette épreuve: on y a mit tout ce qu’on avait et on a jamais bronché de peur de démoraliser l’autre !

Enfin quand même, on retiendra que:

  • En vélo, y’a pas que la distance … y’a aussi le nombre de montées. La vitesse moyenne peut chuter de façon spectaculaire avec des côtes, surtout en Tandem !
  • Même si on arrivait à faire plus de 150km par jour, l’été dernier, sans aucun problème; faire ça tous les jours, pendant 3 jours, et en revenant de 3 semaines de vacances sans vélo … ça ne passe pas.
  • Je vais changer les vitesses du Tandem pour que ça soit “plus facile”
  • Transporter la tente sur le vélo, et camper dans la nature en cyclo-tourisme … c’est super.
  • Trop de distance, ça tue le plaisir !
  • La prochaine fois, on aura peut-être pas besoin d’amener le cadenas en acier renforcé qui pèse 4 kilos à lui tout seul …
  • Les problèmes de genou, ça met très très très longtemps à se réparer. j’ai dû attendre plus de 2 semaines avant de pouvoir remonter sur mon vélo … ou monter des escaliers normalement. 2 mois plus tard, je le sens toujours 🙁

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